Design pulp : le air design

13 juin 2011 - Pas de commentaire

Dans ce que je j’inclus dans le design pulp, le air design est le seul à ne pas être basé sur des inclinaisons essentiellement symboliques. Les trois catégories précédentes revenaient à appliquer un symbole sur un objet de design. Par nostalgie, la brique de Lego devient une table basse ; par ringardise, le trophée de chasse se transforme en luminaire ; enfin par provocation, la croix latine se mue en brosse. La différence notable concernant le air design est sa propension à considérer les avancées scientifiques ou la technologie sous une forme spéculative. Une connaissance hypothétique de leurs capacités suffit le plus souvent pour rendre crédible un tel projet de design. En outre, cette crédibilité me semble fortement renforcée par l’infographie 3D, qui par un rendu léché tend à rendre le projet plus que réel.
De fait, on trouve régulièrement associé au air design le terme de « concept ». Une utilisation qui m’apparaît assez galvaudée. Derrière le mot « concept », il faut simplement entendre « idée de design » ou simplement une idée jugée nouvelle. Néanmoins, le concept suggère davantage un travail intellectuel comme le sont les concepts en art, en philosophie ou dans les sciences humaines et sociales. Dans l’absolu, le concept permet avant tout de générer de nouvelles idées et offrent une nouvelle manière d’aborder une situation, un fait ou une problématique. Pour autant, je ne sous-entends pas que le design n’est pas en mesure de sous-tendre un concept. Certains designers, par la force de leurs propositions, le font très bien. Mais le air design a cette particularité de faire passer des idées découlant de spéculations scientifiques comme des « concepts » alors qu’elles n’en sont qu’une hasardeuse résultante. En lire plus

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Design pulp : la provocation

06 juin 2011 - Un commentaire

La nostalgie comme ressort du design pulp se résumait à réinterpréter des éléments culturels des décennies passées, à l’image de la brique Lego dont les qualités fonctionnelles et esthétiques sont déclinées en de multiples objets. De son côté, la ringardise comme ressort jouait sur la mise en scène d’un décalage axée sur le style et le goût, comme le fait de tourner en dérision le port de la moustache. En somme, il s’agissait d’une provocation légère qui ne marquait pas réellement d’engagement particulier. C’est pour cette raison que j’insistais avant tout sur le côté ringard de la chose, prévalant selon moi largement sur le côté revendicatif et provocateur.
Néanmoins, la provocation peut à elle seule être un ressort de design pulp, surtout lorsque celle-ci lorgne sur des sujets bien moins inoffensifs. Le changement est alors de deux ordres. D’un part, là où la ringardise cherche l’adhésion par l’humour, la provocation recherche l’adhésion par des valeurs communes et moralement acceptées par tous. Ce peut être par exemple le rejet du racisme ou le rejet de la violence. D’autre part, la provocation peut tout aussi bien rechercher l’effet inverse en abordant des sujets ouvertement conflictuels. En corolaire, la spécificité de la provocation dans le design pulp se fait avant tout sur les thèmes abordés : que cela traite de religion, de politique, de violence ou de sexe, il y a toujours moyen d’être unanimement d’accord ou de polémiquer. En outre, la provocation comme ressort fonctionne comme la ringardise dans la mesure où il s’agit parfois de la mise en scène détournée d’un symbole suffisamment évocateur. Néanmoins, le symbole peut également se suffire à lui-même, se passant ainsi d’une quelconque mise en scène. Voyons quelques exemples avec la religion et la croix latine.

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Design pulp : la ringardise

20 mai 2011 - 4 commentaires

En deuxième ressort du design pulp, la ringardise tient une place particulière car ce ressort est le seul à se baser sur un jugement du valeur. L’article précédent sur la nostalgie évoquait des objets emblématiques des décennies précédentes et déclinés aujourd’hui par certains designers. Ceux qui vont suivre parleront d’un effet recherché : la provocation (rejet ou adhésion) et l’illusion de faire du design. Après tout, la ringardise est une question de goût et le simple fait de qualifier ce ressort par son attrait pour le désuet devrait en partie discréditer mes propos. Mais qu’importe.
L’intérêt manifeste dans le design pulp pour le ringard est de jouer sur le décalage avec un élément culturel auquel le design n’est pas spontanément attaché. Jouer avec la ringardise pour les designers concernés s’envisage un peu comme les codes vestimentaires du hipster. Pour rappel, le hipster est « le nouveau sociotype fourre-tout » fort utile pour désigner les personnes se revendiquant en marge de la culture dite mainstream. Aussi, la caricature vestimentaire de monsieur hipster, c’est un aspect négligé, une pilosité faciale assumée et la fameuse chemise à carreaux. Le décalage qui le caractérise ici provient du fait que ces attraits vestimentaires sont en marge avec sa génération et sa catégorie socio-professionelle : le hipster est relativement jeune et financièrement à l’aise. Quiconque issu du milieu ouvrier et passé la quarantaine portant des chemises à carreaux avec une barbe négligée ne passerait pas pour un hipster mais pour exactement l’inverse je pense.

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Design pulp : la nostalgie

13 mai 2011 - 2 commentaires

Le premier ressort caractéristique du design pulp que je vais développer est relatif à la nostalgie. En somme, les références culturelles abordées sont ici relatives à un temps que les plus jeunes ne pourraient logiquement pas comprendre. Du moins, des références qui ne leurs seraient pas légitimes puisqu’elles sont devenues aujourd’hui les icônes d’une époque tout en ne faisant plus partie intégrante du présent. Il en va ainsi je pense pour la brique Lego et certains jeux vidéo qui ont marqué les années 80.
Néanmoins, pour ce premier thème il ne s’agit pas de coller le dessin d’une brique Lego sur une tasse ou de décliner Pac-Man en porte-clef. Dans le design pulp, l’intérêt pour le designer n’est pas de prendre simplement en considération ces références culturelles en tant que symbole ou icône à dupliquer, mais de jouer avec leurs attraits fonctionnels ou esthétiques.

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Design pulp, introduction

05 mai 2011 - 2 commentaires

Pulp Fiction est aujourd’hui un film bien connu, voire culte pour certains. Tarantino rend hommage à un genre littéraire en brossant le portrait caricatural d’une bande de gangsters de Los Angles. En tant que genre littéraire, le pulp regroupe le plus souvent des fictions emprunts de sensations et recouvre de nombreux genres, allant de la science-fiction au fantastique, en passant par des intrigues policières. De nombreux auteurs de SF devenus célèbres ont débuté leur carrière par des pulps (Isaac Asimov, Ray Bradbury, Franck Herbert, Philip K. Dick, etc.). En outre, le pulp ne désigne pas seulement un genre littéraire, c’est aussi un type de publication. Ce sont des livres ou des magazines vendus peu chers car imprimés sur du papier de piètre qualité (woodpulp) et à qui ils doivent leur nom. Très populaires jusque dans les années cinquante, les pulps ont aujourd’hui pratiquement disparus.

Magazines pulp

Photo de Terry McCombs

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« On s’est bien fait baiser »

19 avr 2011 - 7 commentaires

paul-apple1 En lire plus

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C’est la faute de l’ingénieur

16 mar 2011 - 6 commentaires

Il y a quelques temps Tim Brown, le patron d’IDEO et chantre bien connu de la « pensée de la conception » (« design thinking« ), constatait que les « conversations » entre design et science étaient de plus en plus courantes. En substance, voilà ce qu’il a écrit sur son blog :

Mon avis personnel sur le sujet est que la dernière moitié du 20ème siècle a vu un déclin régulier de l’intérêt porté par le design sur la science et la technologie au fur et à mesure que l’ingénierie s’insérait entre les deux. Ce n’est pas une critiques des ingénieurs qui ont, comme dans la Silicon Valley, fait des merveilles avec les nouvelles technologies sur les microprocesseurs, le stockage, les réseaux et les logiciels, pour créer les produits et les services d’aujourd’hui. C’est aussi le cas dans d’autres domaines tels que l’aéronautique ou la bio-médecine. Non, ma critique porte sur les designers et les scientifiques qui ont compté sur les ingénieurs pour faire la traduction entre leurs deux domaines. Mon souci est que cette traduction inclut des pertes qui seraient pourtant bénéfiques aux scientifiques, aux designers et à l’usager final.

Je me demande quel serait le bénéfice si les designers avaient une compréhension plus profonde de la science derrière la biologie synthétique, les nanotechnologies ou la robotique. Les designers pourraient-ils aider les scientifiques à mieux voir les implications et les opportunités des technologies qu’ils créent ? Des designers mieux instruits et plus ouverts pourraient-ils participer aux hypothèses que se posent les scientifiques ou bien les réinterpréter de manière innovante ? Les designers pourraient-ils faire un meilleur travail qui serait d’introduire cette nouvelle science dans notre vie, et ce de manière à être encore plus bénéfique ?
Si les scientifiques étaient davantage confortables avec la nature intuitive du design, pourraient-ils se poser des questions plus intéressantes ? Les meilleurs scientifiques font souvent de grands progrès basés sur leurs intuitions. Jusqu’à présent, trop de sciences modernes semblent être limitées par des méthodes qui répondent plutôt à des questions incrémentielles. Si les scientifiques maitrisaient quelques unes des compétences des designers, seraient-ils capables de communiquer leurs nouvelles découvertes au public ?

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Anecdote #1

07 mar 2011 - 10 commentaires

Jeudi dernier je participais à un séminaire de recherche informel. Mes travaux ont été discutés et on m’a donné beaucoup de nouvelles pistes et de nouvelles références à creuser.
On me pose souvent la question suivante : « qu’est-ce que tu comptes faire après ta thèse ? ». Je n’y a pas échappé cette fois-ci. N’ayant pas de réponse précise, ni de plan tout tracé, j’ai pour habitude de répondre que l’intérêt n’est pas tant ce que ce je veux faire après la thèse, mais plutôt ce que je peux faire d’une thèse en sciences de l’information de le communication, au regard de ma formation initiale en design et de mon parcours actuel. À cela, un chercheur m’a fait remarqué que  curieusement je « vend[ais] ma thèse comme un objet de design ».

Chassez le naturel, revient-il au galop ?

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Intervention à l’Audencia

20 fév 2011 - 2 commentaires

Il y a quelques mois j’ai rencontré Nicolas Minvielle, responsable du mastère « Marketing, design et création » à l’Audencia. De notre discussion est née je pense l’idée de me faire intervenir durant son mastère, chose que j’ai faite vendredi dernier. L’objectif n’était pas de présenter le métier de designer, chose que les étudiants apprennent durant le mastère mais plutôt d’insister sur deux éléments :

  • D’une part la perception populaire du design et des designers. Je parle ainsi de ce que j’appelle la « figure de l’artisan », la « figure de l’artiste » et du « design LOL » (terme en réalité maladroit que je changerai sûrement par la suite).
  • D’autre part, quelques pratiques en marge du design. Des pratiques qui ne sont pas généralisées, qui le seront peut-être dans un avenir plus ou moins proche, mais qui nourrissent je le pense les pratiques classiques du design. (J’aborde le design avec la recherche, le design et la fiction et les pratiques sociales).
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