J’ai participé hier après-midi au workshop “design et sciences” organisé à l’ENSCI. Cette manifestation marquait en quelques sortes le lancement la politique de mise en œuvre d’une politique de recherche au sein de la première publique de design en France. Dirigé par une universitaire, Sophie Pène, le Paris Design Lab a pour objectif premier de renforcer la collaboration entre design et science. Alain Cadix, le directeur de l’ENSCI, remarquait que faire rentrer le design comme une discipline académique n’était pas l’objectif premier tant le milieu universitaire apparaît comme un milieu difficile à intégrer (l’architecture en sait quelque chose, elle qui a mis 20 ans pour entrer dans le Conseil National des Universités).
l’introduction de la séance de travail permettait à chaque participant, designers de l’ENSCI et chercheurs extérieurs venus bénévolement, de se présenter à l’assistance. Lorsque vint mon tour, j’ai commencé par dire que “j’étais designer”, diplômé de l’école de design de Nantes, et qu’aujourd’hui je suis doctorant, menant un travail de recherche étudiant ‘”les activités collectives entre designers et chercheurs”. Lors de la pause café, David Bihanic et Jean-Louis Fréchin me faisaient remarquer mes propos avec un peu d’étonnement, ils pensaient à lapsus de ma part, il n’en est rien. Je n’ai pas vraiment cherché à faire de la provocation en disant que “j’étais designer” mais j’essayais au mieux de coller à la réalité actuelle de mon activité. Bien que diplômé en design industriel et bien qu’ayant une culture de designer de par ma formation, de mes centres d’intérêts et du travail de recherche que je mène depuis deux ans, je ne suis en rien à l’heure actuelle praticien du design. Rien ne m’empêchera à l’avenir de reprendre ce métier mais pour l’heure je ne peux affirmer que je suis designer. Quels sont mes projets de design ? Aucun. Un travail de thèse m’est bien suffisant en ce moment. C’est un choix personnel évidement.
C’est pourquoi je préfère lorsque je me présente insister d’avantage sur ma pratique actuelle de recherche mais sans oublier ma formation initiale. Il suffit de me rappeler les discussions que j’ai avec des amis designers, de ma promotion pour la plupart, pour voir à quel point le fossé a tendance à se creuser. Beaucoup ne comprennent pas mes motivations dans ce que je fais. Ce fossé, Nicolas Nova chercheur au Liftlab, m’en avait fait également part lorsqu’il avait des discussions avec des chercheurs académiques. De part l’éloignement qu’il avait aujourd’hui avec le milieu de la recherche académique, il se qualifiait de “bâtard”.
Est-ce aussi mon cas, est-ce celui des designers prenant la voie des études doctorales ?
Mise au point personnelle : suis-je un bâtard ?
Mise au point personnelle : suis-je un bâtard ?
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Salbatar tutiliz même po Ps/Ai/iD/Fl! T pa designer koa.
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Problème de la pratique réflexive : réfléchir sur sa pratique nécessite parfois de s’éloigner de la pratique, quelquefois pour ne plus revenir
La situation est elle différente d’un chercheur en science de l’ingénieur, en gestion, en médecine ?
C’est fou comme le titre de designer est lié à la pratique du métier dans la tête des gens.
Si tu était ingénieur tu aurai pu le dire sans choquer personne puisque c’est simplement un titre qui ne veut pas dire grand chose au final vu la diversité des métiers derrière.Y compris certains n’ayant pas grand chose à voir avec la technique.
Bref, pas de quoi se couper les cheveux en quatre, juste un “phénomène intéressant” à constater…
@Katapulp
Je suis même pas sous Mac et pire, j’essaye Ubuntu en ce moment !
@F.Degouzon
En effet, le situation peut apparaître similaire dans d’autres domaines (science de l’ingénieur, gestion, etc.). Ceci dit, le design est la seule “activité” à ma connaissance où le fait la seule pratique fait le praticien : le fameux “we are all designer” de certains (Norman par exemple). Bien sûr, design est à comprendre à l’anglaise, mais bon…
@Thibaut
Je pense aussi que le métier d’ingénieur est assez flou vis-à-vis des profanes qui ne voient pas nécessairement l’implication du travail des ingénieurs dans leurs quotidiens, ce qui n’est pas le cas du design.
A titre personnel, je préfère quand même me limiter à “doctorant” pour me définir.
Moi je suis ingénieur en design. Ca marche?
@katapulp
Tu fais ce que tu veux, tu es grand maintenant !
Je regrette beaucoup de ne pas avoir pû participer (trop de choses sur le feu en ce moment) car il me semble que ce sont des discussions importantes (qu’est-ce que la recherche en design? est-ce qu’il y a une épistémologie dédiées? etc).
Quelques pistes de réflexions d’un projet auquel l’école de design de genève participe: http://www.creasearching.ch/ et notamment “Creasearch - Elaboration de méthodologies et de modèles pour une activité de recherche création
basée sur les processus de création en design” ou “Creasearch - Methodologies and Models for Creation-based Research Projects in Design”
Cela dit, il existe d’autres modèles dans lesquels des universités ont des départements de design (avec thèse, possibilités de subsides dédiées) mais qui relèvent parfois de tout un ensemble de conception de ce qu’est le design.
Merci Nicolas pour tes bons liens !
La bonne référence sur le sujet est aussi le projet Material Beliefs dont tu parlais récemment sur ton blog.
http://liftlab.com/think/nova/2010/01/16/material-beliefs-scientific-researchdesign-combinations/
Les mots, les mots…
Que Clément se voit comme un designer en suspens, que David et Jean-Louis s’en émeuvent ne vient en rien éclairer, il me semble, le sujet de la recherche en design.
Faut-il vraiment se poser indéfiniment la question de ce qu’est la recherche en design avant de pouvoir s’y lancer ? Faut-il passer par une mise en abyme, sans laquelle il n’y aurait point de posture épistémologique et donc pas d’objet ou de sujet ?
Je pense le contraire, et en bon “cynique”, je crois qu’il faut passer à l’action, tout simplement….
Cher Clement
Le design est une formation et un diplôme. c’est donc un titre (meme si c’est discutable).Aujourd’hui plus qu’hier. tu es designer et chercheur, c’est à dire qui tente de repousser le front des connaissances.
Le contexte est l’université. Ce contexte est ce qu’il est.
Designer, a mon sens une attitude et un comportement.
Designer c’est aussi avoir des doutes, faire des hypothèses, proposer des synthèses, en un mot chercher.
opposer l’action à la réflexion, avoir été ou être designer me semble un peu hors champs, si l’on veut un tant soit peu faire avancer les choses.
Par contre le culte de l’action à tout prix est démagogique, il me semble. Les architectes (plus similaires au designque les ingénieurs) ont mis plus de 30 ans a régler cette problématique de recherche.
jl
Votre débat montre tout d’abord l’importance des identités professionnelles et de leur lien avec ce qu’il est possible de dire, de penser, de croire, de faire croire… C’est-à-dire les légitimités et postures qui vont dessiner le cadre d’action et de pensée, qu’on le veuille ou non, qu’on soit cynique et proactif ou non
Que ces identités diverses soient suspendues à tour de rôle et globalement non compatibles, comme le propose Clément, est probable. Les temporalités, les moyens, les “livrables” ne sont pas les mêmes, entre un démonstrateur et une thèse ; même s’il y a dans les deux postures, “exploration”, ce ne sont pas les mêmes méthodologies, épistémologies, théories qui sont mobilisées.
Et puis bien sûr toutes les combinatoires se développent. De même qu’on n’approche pas la recherche de la même façon selon les sports, les éducations, les cultures, les métiers antérieurs ou simultanés.
Si nous voulons les uns et les autres, comme représentants d’institutions et de métiers, élaborer un cadre pratique et légitime, c’est important que le “pourquoi” de la recherche en design, et spécialement dans le rapport avec les sciences (les milieux scientifiques, les modalités de production de la science) son urgence, son intérêt pour les acteurs du domaine, soient partagés et donc débattues. Donc merci de faire vivre ces arènes, dans tous les parlements improvisés, blogs ou salles de réunion : c’est ainsi que vous pourrez expliciter, et construire un cadre viable et efficient pour des acteurs très divers.