il se dirigea d’un pas décidé vers la porte du conapt et appuya sur le bouton commandant la libération du verrou.
La porte refusa de s’ouvrir et déclara :
- Cinq cents, s’il vous plaît.
A nouveau il chercha dans ses poches. Plus de pièces ; plus rien.
- Je vous paierai demain, dit-il à la porte. (Il essaye une fois de plus d’actionner le verrou, mais celui-ci demeura fermé.) Les pièces que je vous donne, continua-t-il, constituent un pourboire ; je ne suis pas obligé de vous payer.
- Je ne suis pas de cet avis, dit la porte. Regardez dans le contrat que vous avez signé en emménageant dans ce conapt.
Il trouva le contrat dans le tiroir de son bureau ; depuis que le document avait été établi, il avait eu besoin maintes et maintes fois de s’y référer. La porte avait raison ; le paiement pour son ouverture et sa fermeture faisait partie des charges et n’avait rien de facultatif.
- Vous avez pu voir que je ne me trompais pas, dit la porte avec une certaine suffisance.
Joe Chip sortit un couteau en acier inoxydable du tiroir à côté de l’évier ; il s’en munit et entreprit systématiquement de démonter le verrou de sa porte insatiable.
- Je vous poursuivrai en justice, dit la porte tandis que tombait la première vis.
- Je n’ai jamais été poursuivi en justice par une porte. Mais je ne pense pas que j’en mourrai.
Philip K. Dick, Ubik, 1969
Hier après-midi, dans un café à Nantes :

D’autres anecdotes auraient pu illustrer cet extrait issu d’un livre de SF, (comme la compagnie aérienne Ryanair qui envisage de faire payer l’usage des WC à bord des avions), mais là n’est pas le propos. Hier, l’auteur de SF Roland C. Wagner avançait dans les lignes d’ecrans.fr que son travail d’auteur est de “s’informer sur le présent et réfléchir à l’avenir” (il parlait du projet de loi Hadopi). En aucun cas il ne parle de fournir une vision claire ou profétique, la science-fiction ne sert pas imaginer le futur et parle la majeure partie du temps du présent.
Je ne suis pas spécialiste dans la matière mais la série des X-men de Stan Lee, placée dans son contexte historique, semble en partie illustrer la ségrégation raciale de l’époque. De même que George Orwell a dépeint une société totalitaire dans 1984 après son retour de Birmanie, alors colonie anglaise, où il officiait en temps que représentant des forces de l’ordre pour la gloire de l’impérialisme Britanique. Quand à Philip K. Dick, chantre de la contre-culture des années 60, il a vécu en Californie en plein Maccarthisme (avec une femme militante communsime) et avec comme gouverneur Richard Nixon… Ajouté celà à sa paranoïa maladive, on comprend un peu mieux son obsention à décrire des mondes où la réalité perçue n’est qu’une illusion.
La science-fiction semble être une culture particulièrement appréciée des designers : beaucoup de blog “tendance” montre des illustrations 3D de “concepts” basés sur d’hypothétiques nouvelles capacités que pourraient offrir la science (écrans flexibles, nanotechnologie, etc.). Le design est ici une manière esthétique d’illustrer l’avenir. Avec un peu d’objectivité, on peut rapprocher ce phénomène à toute la littérature bas de gamme “pulp” de la SF des années 50/60… D’un autre côté, design et science semblent parfois entrer en compétition : on fait appel aussi à des designers pour illustrer des films de SF (Syd Mead pour Blade Runner). Mais surtout, des intellectuels (auteurs et chercheurs) associent clairement design et fiction, comme l’association faite auparavant avec la science et la fiction.
Voilà peut-être une nouvelle piste de recherche :
- Lire l’auteur de science-fiction Bruce Sterling qui parle de “Design fiction” dans le dernier numéro d’Interactions.
- Lire l’essai “Design Fiction: A Short Essay on Design, Science, Fact and Fiction“ du chercheur/designer de Nokia Julian Bleecker.
