« On s’est bien fait baiser »

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Si j’apprécie les romans graphiques de Michel Rabagliati, qui à travers son héros Paul nous raconte les aléas de la vie, je dois avouer qu’ici l’auteur propose une vision assez négative concernant l’impact de l’informatique. Une vision à laquelle je n’adhère pas. S’il est vrai que les nouvelles possibilités de cet outil ont en conséquence détruit de nombreux emplois dans certains secteurs, il ne faut pas oublier qu’elles en ont créé de nouveaux qui n’existaient pas jusqu’alors. Je ne mentionne pas les progrès engendrés dans l’écriture (+Z), dans la musique (+C, +V), dans la recherche (+F). Quant à l’argument, « nous privent de vraies relations sociales », ça ne tient pas debout : les bars et les restos ont-ils étés désertés ?

Le rapport avec le design ? Apple, me diriez vous, non pas vraiment. Là où je veux venir est le fait d’incorporer des valeurs à des pratiques ou à des outils. On se trompe de cible.

J’entends trop souvent, et malheureusement de plus en plus fréquemment, des discours qui tendent à poser le design sur un piédestal. On trouve ainsi cette pratique curieuse : écrire « Design » avec un D majuscule. Pourtant, on écrit bien la science, l’art, l’enseignement, la philatélie. Qu’est-ce qui justifie cette majuscule ? Le summum est je trouve le fait d’accoler design et éthique, comme quoi il y aurait de l’éthique dans le design. L’éthique est une notion subjective et l’accoler au design n’a donc pas vraiment de sens. De même, accuser l’informatique et Apple d’autant de maux n’a pas de sens. Le design est comme l’informatique : ce qui compte c’est ce qu’on en fait. Les deux n’ont aucune visée particulière, ce qui n’est pas le cas de ceux qui s’en revendiquent. De l’éthique dans le design ? De l’éthique chez certains designers, sûrement. Enfin, ce n’est que mon point de vue.

L’extrait est issu de Paul à la pêche.

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7 commentaires à “« On s’est bien fait baiser »”

  1. Clément dit :

    @ Jean-no

    Je me pose les mêmes questions que vous (et de John Maeda). Je suis toujours surpris de voir en école de design (et aussi quand j’étais étudiant) que les élèves pensent à travers les outils d’illustration et ne passaient pas pour certains par le crayon/papier pour commencer.

  2. Jean-no dit :

    Chaque saut technologique fait des morts, c’est certain, mais tout n’est pas noir : une culture de la typo s’est développée et des ingénieurs peuvent construire ensemble le plan d’un avion qui contient 300 millions de pièces différentes, et tout ça est bien. Personnellement j’ai passé un CAP de retouche photo trois ans avant la sortie du premier photoshop : je bossais au pinceau et au crayon. Aujourd’hui, le métier que j’ai appris est inutile et chaque particulier croit pouvoir le pratiquer (et de fait beaucoup d’amateurs qui ont l’oeil le font infiniment mieux que moi). Ce n’est pas bien grave, un métier disparaît, ok, mais il ne permettait pas de tout faire. Reste la question que pose John Maeda : quand on utilise Illustrator ou autres, est-ce qu’on crée autre chose que ce que les ingénieurs d’Adobe ont prévu que nous pouvions créer ? Est-ce que la liberté que ces outils nous apporte ne s’accompagne pas de contraintes importantes ?

  3. Fred dit :

    Même s’il y a une philosophie qui est partiellement vraie derrière ce strip, je ne suis pas tout à fait d’accord avec le fond. Finalement quand le Mac est arrivé, il y a ceux qui en riaient et qui très vite ce sont retrouvés sur le bord de la route et ceux qui ont vite capté le changement et qui se sont adaptés. C’est donc inexact que l’arrivée du Mac a privé des gens de leur métier. Soit on s’adapte, soit en reste figé. Ceci est valable dans tous les métiers à toutes les époques…

  4. Clément dit :

    @Armel

    Bonjour Armel,

    C’est justement ce qui me dérange, cet argument qui consiste à avancer qu’étant donné que le design est une pratique centrée sur l’humain, alors c’est une pratique éthique. Tu as sorti le bon mot : « dans l’intérêt de l’Homme ». Mais ce que fait l’intérêt des uns, fait-il nécessairement celui des autres ?
    De plus, le design n’est pas la seule profession/pratique centrée sur l’Humain : la médecine, l’agriculture, la politique, etc. Et pourtant, il me semble qu’elles aussi sont beaucoup en prise avec l’éthique.
    Du coup je maintiens ma position : la pratique du design n’est pas éthique, le design ne véhicule aucune valeur. L’éthique est relatif à celui qui pratique le design et non à la pratique en elle-même.

    @MooM

    C’est corrigé merci ! À trop chercher les fautes dans le texte, j’en ai oublié de relire le titre. :)

    @Tom
    C’est mon point de vue en effet : le partage de la musique m’a permis de découvrir de nouveaux groupes et de les voir en concert. Après je regrette un peu la tournure de la chose, voir comment Deezer et Spotify rétribuent les artistes par exemple.
    Après, le copier-coller est inévitable. La création part toujours de quelque chose et « créer pour de bon » est je pense un mythe : le hip-hop ne vient-il pas du jazz ? Après c’est clair que niveau sampling, y’a clairement de l’abus avec tous les remix foireux qu’on peut se taper à la radio (le pire, c’est l’inévitable « danse de l’été »)

    Concernant « les vrais relations sociales », ouais j’avoue que mon argument était un peu à l’emporte pièce.
    Ceci-dit c’est curieux d’exclure du champ social, enfin des « vrais relations sociales », celles qui se passent au travers d’un ordinateur. En quoi ne sont-elles pas « vrai » ? Les « vrais relations sociales » seraient-elles nécessairement physiques ? Désolé, mais je trouve ce genre de réflexion un poil réactionnaire. Il manque plus un petit « c’était mieux avant » et y serait. Il y a de « vrai relations sociales » via Internet (le fait que je vous réponde par mon blog en est une preuve), différentes certes des relations de visu.

  5. Tom Cantor dit :

    « (…) progrès engendrés dans l’écriture (+Z), dans la musique (+C, +V), dans la recherche (+F). »

    Ça, c’est une blague, évidemment, et j’ai bien compris. N’empêche, en musique, le copier-coller, depuis quand c’est (forcément) un « progrès » ? Musicien autrefois (y a pas 5 ans) pro et fan de musique sous toutes ses formes (electro et hip-hop — musiques associées en général au sample — compris), je ne vois pas bien. Au contraire, les meilleurs s’en éloignent en général après avoir ouvert un peu les yeux et décidé de créer pour de bon et d’arrêter de succomber à la facilité. Même dans le hip-hop, contrairement aux clichés. Cf. un groupe comme Dälek qui n’utilise justement pas de samples…

    « Quant à l’argument, « nous privent de vraies relations sociales », ça ne tient pas debout : les bars et les restos ont-ils étés désertés ? »

    Ça tient au contraire (hélas !) complètement debout. Les bars et les restos, c’est statistique, ferment de plus en plus. (J’ai aussi été patron de bar, désolé…) Faut se renseigner… C’est bien beau l’angélisme, mais quand ça se heurte à la réalité… Quand on veut utiliser un argument simple et frappant, il faut être un peu sûr de ce qu’on avance, non ?

  6. MooM dit :

    Corrigez votre titre il y a une faute.

    « On s’est bien fait baiseR » et non « baisé »

  7. Armel Le Coz dit :

    Bonjour Clément,

    Sur ce dernier point, design/éthique, je ne serais pas aussi catégorique.

    Le raisonnement (auquel j’adhère) des défenseurs d’un design « éthique » en soi est de dire que dans sa pratique et sa méthodologie, la profession design est centrée sur l’humain.

    Le design étudie, expérimente et conçoit dans l’intérêt de l’Homme et peut donc être considéré comme intrinsèquement éthique…

    Après, dans la pratique, c’est évidemment autre chose. Notamment lorsqu’on observe les travers consuméristes de la profession !

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