Parler du design : deux approches

Il y a quelques temps le designer Jean-Louis Fréchin lançait une initiative simple et claire via le réseau twitter qui était de compléter la suite de la phrase “le design c’est…” La force du réseau aidant, de nombreuses personnes ont rapidement apporté leur contribution. Le designer a par la suite consigné les propositions dans un billet sur son blog, sans faire une quelconque sélection au préalable. On peut finalement y dénombrer plusieurs manières de faire.


La personne peut simplement donner son point de vue sur la chose :

Anaïs Triolaire : une discipline au service des autres.

Bouhey Fayolle : le design c’est une bonne question.

Samuel Hackwill : le design, c’est des idées en dur.

Ce qui peut amener certains à rebondir sur les propos d’un autre :

Jean-louis Frechin @remy: le designer est un Spécialiste de la non-spécialisation;)

Fred Bouteiller: @nodesign : le design c’est ta vie.

D’autres répondent par une question, peut être peu sûr de leur proposition :

Dominique Segalis : du bling bling ?

Philippe Benhamou : ça a un rapport avec Ikea ?

MOIRAUD : le Design c’est ? life ?

Enfin plus classiquement, certains empruntent des citations d’autrui :

François Druel : pour Steve Jobs, c’est l’usage qui fait un design réussi.

Clément Gault : “le design c’est de la tarte tatin” Ce n’est pas de moi… ;-)

On peut objecter que l’ensemble manque de cohérence mais je ne pense pas que le but initial soit de chercher une quelconque vérité mais davantage une photographie des multiples considérations regroupées par le mot “design”.

Toutefois, cette initiative m’a rappelé celle du webdesigner Chris Coyier qui avait lancé il y a quelques mois la plateforme Quotes on design. Le principe est de soumettre des citations sur le design, validées ou non par la suite. Cela donne aussi un mélange plutôt hétéroclite. Au passage, il est assez amusant de voir que les personnes les plus citées sont Albert Einstein, Pablo Picasso, Steve Jobs, Don Norman ou Charles Eames. Dans l’ordre ça donne un chercheur, un artiste, un entrepreneur, un psychologue et… un designer. Notre Starck national n’apparaît qu’une seule fois, et ce malgré ses nombreuses sorties grossièrement provocatrices. Comme quoi, il n’est pas si célèbre que ça…

Ce qu’on y apprend surtout, et ce qui n’est pas très surprenant, c’est que le design revêt dans le monde anglosaxon une signification plutôt large, voire peut-être trop large. Bien sûr, il convient de ne pas traduire design par design mais plutôt par conception. Néanmoins, la liste sous-entend que le terme anglais de design regroupe un ensemble de domaines très varié, tellement variés qu’on peut se demander si leur point commun supposé n’est pas un peu léger pour justifier de les regrouper sous le mot design. À lire cette collection de citations, j’ai davantage l’impression que le mot design est un mot magique très pratique permettant de regrouper des personnalités selon leur propos. Quel point commun aurait Mike Tyson, Adolf Hitler et Maître Yoda ? Mike Tyson nous parle d’un combat de boxe et je témoigne que la boxe n’a pas grand chose à voir avec le design. Adolf Hiler parle lui de peinture et de stérilisation. Quant à Yoda, il nous sort un aphorisme dont lui seul a le secret. Au milieu de ça, on trouve néanmoins des propos m’apparaissant comme pertinents, et parfois par des personnes toutes aussi surprenantes (Michelle Obama par exemple).

J’avais soumis une citation d’un ami designer qui m’a expliqué un jour à juste titre, et avec une pointe d’ironie, que le design était parfois de la matière fécale emballée dans du papier cadeau. J’ai dit à juste titre puisque le design est trop souvent considéré encore de nos jours comme du maquillage où le designer arrive en fin de projet pour habiller l’ensemble de manière purement cosmétique. Malheureusement ma proposition n’a pas été retenue. Il est vrai que mon ami n’est pas connu, car voilà le fait principal que j’ai retenu de cette initiative : selon Chris Coyier, pour parler du design il faut être célèbre.

Entretien avec un designer #3

Avant d’être la rencontre de deux personnes, les activités collectives réunissant designers et chercheurs sont celles de deux pratiques, fussent-elles si différentes l’une de l’autre, mais surtout de deux cultures. En cela, les perceptions qu’ont les chercheurs et les designers sur leurs pratiques réciproques peuvent apparaître comme lourdes de sens :

Je vais vous donner un exemple et qui fera un peu rebond à l’absence de perception qu’on peut avoir d’un designer. […] Initialement la direction voulait me faire rencontrer plusieurs scientifiques. Donc pour voir si justement ça marche, ils s’entendent bien, ça discute bien. On est allé voir plusieurs personnes. Je me souviens d’un rendez-vous avec un très grand chercheur de la faculté de pharmacie. Donc on fait le rendez-vous, il savait pas très bien ce qu’était un designer, je lui explique, je lui montre un peu des trucs, et ensuite il a passé une heure et demi à nous montrer des images, non pas nous expliquer vraiment ce qu’il faisait, mais des images qu’il trouvait jolies, en se disant, mais si c’est joli ça doit plaire à un designer.
[...]
On ne peut pas l’arrêter ! Il disait, regardez comme c’est joli, ça fait des belles couleurs, ça pourrait être intéressant pour vous comme designer. Il est parti pendant deux heures. Vous ressortez de là, vous dites O.K. c’est intéressant donc vous avez beau lui dire, je viens pas pour voir de belles images, je ne suis pas aquarelliste. Et c’est vrai que c’est très beau, mais je ne suis pas là pour ça quoi. Donc il y a des moments visiblement, mais ces incompréhensions elles naissent aussi qu’il y avait une espèce de tentative un peu sortie de nulle part de mettre dans une même cage un designer et un scientifique en disant allez-y faites moi un truc. Et à ce moment-là le designer il ne sait pas du tout encore où il veut aller et le scientifique il ne sait pas très bien où le designer veut aller non plus et du coup ça sert à rien. Donc c’est pour ça que je vous dis le temps préalable avant d’engranger la collaboration est important. Sans savoir exactement, tout simplement, ce qu’on vient chercher. Read more »

Entretien avec un chercheur #2

Rencontrer des chercheurs ou des designers lors d’un entretien semi-directif amène très souvent vers des sujets qui ne sont pas toujours en lien direct avec mes recherches. C’est évidement le jeu d’un entretien de parfois recadrer en douceur son interlocuteur. Néanmoins, ces débordements sont parfois et même souvent très riches en réflexions. Dans cet extrait, un chercheur explique le rapport entretenu selon lui entre le design et la science-fiction :

Il faut toujours se méfier des mythes [...], de ces futurs qui sont toujours pour demain mais qui ne viennent pas. Il y a peut-être d’autres raisons pour qu’ils ne viennent pas, c’est peut être parce qu’à la base ils sont mal pensés en terme de design, parce que justement ils viennent de la science-fiction et la science-fiction est un domaine qui d’un point de vue du design est assez désastreuse parce que il n’y a pas d’utilisateur en science-fiction.

[...]

Enfin je veux dire la science-fiction c’est tout sauf du design, c’est de la politique, c’est la littérature d’abord, de la philosophie un peu, mais si il y a une chose que ça n’est pas c’est du design. En tout cas la science-fiction des années 50, alors maintenant est-ce qu’on… [...] Mais disons l’état, et je pense que Bruce Sterling le dit lui-même en fait, l’état très général, les objets qui sont dans la science-fiction sont des objets qui ne sont pas pensés pour être utilisés, et donc qui ne sont pas très bon en terme de design. Alors que le design, il faut se préoccuper de l’utilisateur d’abord et pas de l’histoire qu’elle raconte nécessairement tout de suite.

Donc c’est à priori une très mauvaise idée de s’inspirer de la science-fiction pour concevoir des objets, en tout cas dans le détail. Et d’ailleurs il y a assez peu d’exemple dans l’histoire des techniques où ça a procédé de cette manière-là. Ce sont les ingénieurs qui ont eu l’imagination des objets qui ont une utilisation aujourd’hui essentiellement, et alors on peut retrouver des précurseurs et cætera. Mais le détail et la manière dont on les utilise vraiment viennent de considérations d’ingénieurs ou de designers, les deux, enfin des processus de gens qui donnent une importance très forte à la logique de l’objet et cætera. Chose que la science-fiction ne fait pas. Read more »

Entretien avec un chercheur #1

Lors du workshop design et science organisé par la nouvelle équipe en charge de la recherche à l’ENSCI, la question de la validation des connaissances générées par la recherche en design a été abondamment débattue. En retranscrivant un entretien que j’ai eu avec un chercheur en informatique ayant à plusieurs occasions collaboré avec des designers, cette problématique est aussi apparu. Il est important de souligner que je n’ai pas dirigé les propos du chercheur, et comme souvent, il a de lui-même évoqué cette problématique. Extraits :

Une autre difficulté est liée aux différentes façons de rendre compte de ce que l’on a fait. C’est à dire quel est l’output. Et pour nous chercheurs c’est clair, c’est dans des publications, dans des conférences, des revues scientifiques. Alors dans ces conférences et dans ces revues, il y a un style assez strict, carré, de présenter les choses. Ce que l’on a découvert ou constater, parce que je pense que ce n’était pas non plus une très grosse surprise, c’est que dans le milieu du design la façon de rendre compte de ce que l’on a fait c’est en allant dans des expositions, en mettant des choses dans un portfolio, donc c’est une forme de communication qui est différente. [...] C’est juste que la façon d’être reconnu, je pense que dans les deux cas le but c’est d’être reconnu par ces pairs. Je pense que des gens comme Helen et Heiko, qui étaient débutants dans leur métier de designer, ils sortaient du RCA quand ils ont commencé avec nous, il faut qu’ils se fassent connaître. Donc la façon dont on se fait reconnaître par ses pairs, pour nous c’est de rédiger des articles, voilà des choses comme ça [il montre un article], un article de conférence c’est dix pages, il faut avoir entre 20 et 50 références à la fin, il faut faire un état de l’art, enfin voilà, il y a les règles du jeu. Et lorsqu’on a demandé à un designer d’écrire une partie d’un article, ce qu’on va avoir n’est en général pas utilisable tel quel. Et puis à l’inverse, ce qui est important pour un designer c’est de participer à une exposition, de présenter son travail de faire un portfolio et cætera. Nous on a eu beaucoup de chance je considère parce que ce qui a été conçu et fabriqué dans le cadre de ce projet a été dans plusieurs expositions de design y compris au Centre Pompidou, à La Villette. Voilà, mais c’est quelque chose qui nous ne rajoute pas grand chose à notre CV mais qui est en même temps une expérience intéressante et qui pour eux était très importante. Read more »

Le design est aussi un effort de recherche, par Armand Hatchuel

C’est assez rare qu’il convient de le noter : un chercheur en design a écrit un article pour un grand quotidien, Le Monde en l’occurrence. En effet, dans Le design est aussi un effort de recherche, Armand Hatchuel explique le principe du Via Design qui vient de fêter ses 30 ans et avait investi le Centre Pompidou sous la forme d’une exposition-bilan. Pour rappel, Armand Hatchuel est professeur à Mines ParisTech à qui on doit Parure et pointe en design, dans l’excellent livre Le design, essais sur des théories et des pratiques. Quant au Via design, il permet donc depuis 30 ans de soutenir l’innovation dans le domaine de l’ameublement et de ce fait, a permis de révéler de nombreux designers. La particularité de cet organisme est d’aider financièrement l’élaboration des prototypes : un jeune designer n’a généralement pas les finances nécessaires pour aller au bout de ses projets. Les plus curieux liront l’article en entier. Pour ma part, j’aimerais revenir sur la conclusion :

Ainsi, verra-t-on de plus en plus le design s’associer à la recherche, aux méthodes de conception nouvelle et à des approches différentes des usages pour fonder un management de l’innovation adapté aux ruptures actuelles.

Puisant aux sources de l’art et de l’imaginaire, le design apporte sa capacité à recréer les “choses”, les émotions et les valeurs. Cette mutation doit aussi aux efforts d’ouverture des écoles de design, au travail des associations de soutien à la création comme, l’Agence pour la promotion de la création industrielle (APCI), ainsi qu’aux recherches sur les processus de conception et d’innovation. Peu de révolutions managériales offrent une telle conjonction de la science, de l’utile et du désirable.

Ce que semble dire Armand Hatchuel, c’est que l’évolution du design concernant ses rapports avec la recherche académique serait nécessairement d’ordre managérial. En tout état de cause, je partage ce point de vue : généraliser  les collaborations entre designers et chercheurs passera par une nouvelle organisation du travail, mais cela ne peut être qu’une étape. Les personnes que j’ai rencontrées à ce sujet ne mentionnaient pas toujours un quelconque aspect managérial qui aurait facilité leur collaboration. La réponse était classiquement du style “ce sont des questions de personnes”  et l’aspect managérial évoqué le plus généralement était en réalité ce rôle de médiateur (répandu dans la littérature de recherche en design) parfois nécessaire pour faire rencontrer designer et chercheur.

A ce sujet, le petit détail qui m’a fait sourciller, c’est de voir que cet article était classé dans la catégorie management. Étonnant non ?

Tous les écrans ne sont pas tactiles

ecrantactile

Voilà la photo d’une collègue découvrant la borne pour recharger la carte de la cantine du boulot. Nouvelle dans l’entreprise, c’était la première fois qu’elle utilisait cette installation. Elle s’y est prise à plusieurs fois car, d’une part le lecteur de carte est assez capricieux (ce qui m’a donné le temps de prendre la photo), et d’autre part la machine revient à son écran de départ au bout d’un certain temps sans activité. Car oui cet écran n’est pas tactile : à en juger l’aspect de l’interface graphique et des boutons sur les côtés. Pourtant ma collègue a insisté plusieurs fois, en appuyant fortement pensant que “c’était comme les bornes SNCF”. Le plus étonnant c’est qu’elle n’a pas immédiatement remarqué son erreur puisqu’elle a insisté.

Comme quoi, des routines semblent se mettre effectivement en place face à un dispositif interactifs. Cela donne lieu à des réactions assez curieuses. Lorsque deux périphériques de sortie identiques (ici l’écran) mais dont les dispositifs d’entrée diffèrent (tactile ou boutons physiques) cohabitent, le plus récent ou le plus naturelle semble prendre le pas sur l’autre dans les habitudes. Au début où j’avais ma DS, la console à deux écrans de Nintendo, ça m’arrivait de donner des coups de stylet sur l’écran du haut… Seule l’écran du bas est tactile.

La guerre des écoles de design aura-t’elle lieu ? Round 2

J’avais déjà écrit sur les publicités placardées par les écoles de design dans le métro parisien. De passage à Paris j’en ai découvert une nouvelle :

pubmetro1


Devinette : quelle école privée est donc derrière cette affiche ?

  1. Strate College
  2. Créapole
  3. Institut Supérieur de Design de Valenciennes
  4. L’école de design Nantes Atlantique
  5. L’école Camondo

Attention, il y a un piège ! Read more »

Mise au point personnelle : suis-je un bâtard ?

J’ai participé hier après-midi au workshop “design et sciences” organisé à l’ENSCI. Cette manifestation marquait en quelques sortes le lancement la politique de mise en œuvre d’une politique de recherche au sein de la première publique de design en France. Dirigé par une universitaire, Sophie Pène, le Paris Design Lab a pour objectif premier de renforcer la collaboration entre design et science. Alain Cadix, le directeur de l’ENSCI, remarquait que faire rentrer le design comme une discipline académique n’était pas l’objectif premier tant le milieu universitaire apparaît comme un milieu difficile à intégrer (l’architecture en sait quelque chose, elle qui a mis 20 ans pour entrer dans le Conseil National des Universités).
l’introduction de la séance de travail permettait à chaque participant, designers de l’ENSCI et chercheurs extérieurs venus bénévolement, de se présenter à l’assistance. Lorsque vint mon tour, j’ai commencé par dire que “j’étais designer”, diplômé de l’école de design de Nantes, et qu’aujourd’hui je suis doctorant, menant un travail de recherche étudiant ‘”les activités collectives entre designers et chercheurs”. Lors de la pause café, David Bihanic et Jean-Louis Fréchin me faisaient remarquer mes propos avec un peu d’étonnement, ils pensaient à lapsus de ma part, il n’en est rien. Je n’ai pas vraiment cherché à faire de la provocation en disant que “j’étais designer” mais j’essayais au mieux de coller à la réalité actuelle de mon activité. Bien que diplômé en design industriel et bien qu’ayant une culture de designer de par ma formation, de mes centres d’intérêts et du travail de recherche que je mène depuis deux ans, je ne suis en rien à l’heure actuelle praticien du design. Rien ne m’empêchera à l’avenir de reprendre ce métier mais pour l’heure je ne peux affirmer que je suis designer. Quels sont mes projets de design ? Aucun. Un travail de thèse m’est bien suffisant en ce moment. C’est un choix personnel évidement.
C’est pourquoi je préfère lorsque je me présente insister d’avantage sur ma pratique actuelle de recherche mais sans oublier ma formation initiale. Il suffit de me rappeler les discussions que j’ai avec des amis designers, de ma promotion pour la plupart, pour voir à quel point le fossé a tendance à se creuser. Beaucoup ne comprennent pas mes motivations dans ce que je fais. Ce fossé, Nicolas Nova chercheur au Liftlab, m’en avait fait également part lorsqu’il avait des discussions avec des chercheurs académiques. De part l’éloignement qu’il avait aujourd’hui avec le milieu de la recherche académique, il se qualifiait de “bâtard”.
Est-ce aussi mon cas, est-ce celui des designers prenant la voie des études doctorales ?

Design et marketing : chevauchement ?

Dans le dernier numéro du magazine Interactions, Klaus Klaasgaard explique qu’il est un peu énervé de voir à quel point le “user experience design” est très souvent mis en avant comme le “sauveur créatif de tout, des produits innovants au business”. En effet, le titre laisse entendre¹ que l’auteur va nous livrer les causes de son exaspération, malheureusement cette constatation semble être en réalité une manière d’introduire un débat un peu plus intéressant concernant les relations entre le design et le marketing.

Klaus Klaasgaard poursuit le constat répandu que design et marketing ont généralement du mal à travailler ensemble et à un tirer profit l’un de l’autre, et ceci malgré le fait que leurs objectifs respectifs soient complémentaires. Pour étayer ces propos, l’auteur oppose à la vision globale du marketer en terme de stratégie, la vision réduite au produit à l’usage du designer. Pourtant, l’auteur avance que la situation actuelle a changé par rapport aux années précédentes. Le marketing a commencé à investir le domaine du design en passant dans certains secteurs du “marketing mix” (”the four Ps: product, price, placement, and promotion) au “marketing de produit”. Dans le même temps, le design a lui commencé à s’introduire dans le domaine réservé du marketing depuis la prise en compte de plus en plus importante des facteurs humains (design participatif, méthode ethnographique, etc.).

On aurait pu croire que ce chevauchement d’objectifs et de compétences aurait pu favoriser l’entente entre les deux disciplines, malheureusement non selon l’auteur ; lui-même au passage n’ayant pas de réelle explication à ce sujet mise à part l’hypothèse répandue basée sur le manque de compréhension réciproque. Au contraire, l’auteur fait comprendre que les liens entre les deux disciplines auraient tendance à se complexifier. Si la proximité entre design et marketing est devenue évidente, les deux disciplines ne sont pas pour autant interchangeables. De même que Klaus Klaasgard insiste sur le fait que l’idée répandu affirmant que le marketing serait tourné vers l’évaluation des produits après leurs mises sur le marché et que le design le serait sur l’évaluation des produits avant leur finalisation, est fausse.

En insistant sur la nécessité d’une recherche complémentaire et partagée en marketing et en design, (recherche étant à ne pas comprendre comme de la recherche académique mais comme de la recherche visant à alimenter un projet en ressources), Klaus Klaasgaard termine son article par quelques conseils pour justement améliorer la collaboration des deux pratiques :

  1. Sur la production de la recherche, prendre sa part de responsabilité sur la pertinence des idées apportées par la recherche. Pour cela, verbaliser les attentes et les besoins en matière de recherche et montrer sa compréhension vis-à-vis des méthodes et de la matière apportées.
  2. Rapprocher les compétences, qui se résume le plus souvent par l’expression “bridging the gap“. Mais au delà de ça, on en apprend pas plus si ce n’est de chercher à partager la compréhension de chacun et le respect.
  3. Définir où et comment la superposition des deux pratiques doit s’effectuer, bien sûr cela se passe par la connaissance réciproque des métiers de chacun, ce que font de plus en plus les écoles de design et de marketing aujourd’hui.

Si les deux premières propositions apparaissent comme naturelles, la dernière semble en revanche un tantinet plus ambigüe. Le souci est que ce dernier conseil pourrait générer encore plus de problèmes qu’il n’apporte de solutions. Apprendre à se connaître apparaît comme une chose évidente mais je ne suis pas convaincu que cela puisse être suffisant si l’effort n’est pas fait pour chercher à délimiter ce qui relève du design et ce qui relève du marketing. Au contraire, à mieux se connaître, les designers vont-ils penser que le marketing est inutile pour eux et vice versa ?

1.Why Designers Sometimes Make Me Cringe que l’on peut traduire par “Pourquoi les designers ont parfois tendance à m’agacer”.

Le design de l’attention, le cas de l’éolienne de Starck

Philippe Starck est peut-être le seul cas avéré de marronnier dans le petit monde médiatique du design. Tout comme la rentrée scolaire ou les soldes sont traitées par les journalistes de manières récurrentes et prévisibles dans la presse, les incursions de Philippe Starck dans le paysage médiatique sont toutes aussi récurrentes et prévisibles. En 2008, il créait la polémique dans une entretien au magazine allemand Die Zeit où il qualifiait le design de “totalement inutile”. Aujourd’hui, mais dans une moindre mesure, c’est un article de Rue89 qui créé un peu la polémique en dévoilant les désillusions démocratiques de son éolienne présentée il y a deux ans au salon de Milan. Ces incursions, volontaires ou non, sont le plus souvent récurrentes du fait de sa notoriété et non de la qualité de ces travaux. N’oublions pas qu’il est “célèbre d’être célèbre” comme le rappelle Christine Bauer. Quand l’article de type marronnier sur la rentrée scolaire parle très souvent du poids des cartables, les articles sur Philippe Starck sont eux relativement prévisibles de par sa volonté intrinsèque de provoquer ou de chercher à être en décalage. Plus le temps avance, plus les ficelles m’apparaissent éminemment grossières bien qu’il ait opéré dans le passé de grands coups médiatiques comme son faux redépart en 2003 consacré par sa rétrospective au Centre Pompidou. Read more »