C’est par le titre de cet article paru sur lemonde.fr que j’ai appris la mort du designer. L’article n’est déjà plus en une du monde.fr, c’est assez triste je trouve. Curieusement, un peu plus tard, la titre est devenu « L’homme du TGV et pionnier du design industriel, Roger Tallon, est mort ». Néanmoins, les deux versions des titres choisies par le journaliste sont assez révélatrices de ce qu’était Tallon au regard de la culture populaire. Reconnu par les personnes évoluant dans le milieu du design, méconnu par l’homme de la rue comme l’indique tacitement le fait d’associer son nom au TGV. On a écrit de Chris Marker qu’il « est un peu le plus célèbre des cinéastes inconnus ». Roger Tallon était lui d’une certaine manière « le plus célèbre des designers inconnus. » À l’origine, je pensais faire un montage dans l’esprit de la page d’accueil d’Apple suite au décès de Steve Jobs. Témoigner de sa personne n’était pas je pense rendre hommage au designer qu’il était, lui qui disait à Télérama en janvier dernier :

le design est tellement médiatisé que cela pourrit les vocations. Les étudiants arrivent dans cette profession en se demandant comment devenir Starck le plus vite possible. En réalité, il ne reste plus grand-chose du design en France. Il est cantonné aux arts décoratifs. Au meuble. Et, dans les quelques entreprises industrielles qui subsistent encore dans notre pays, à des départements où l’on étudie les fers à repasser, les appareils ménagers…

Démontrer qu’il se trompait serait une belle façon lui rendre hommage.

À la lecture de l’article nécrologique, je me demandais ce qu’on retiendrait dans les décennies à venir des designers people qui, à en croire les médias de masse, façonneraient notre monde actuel. Des objets ? Des projets d’envergure ? Des meubles sûrement, de la décoration surtout.

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Le « design by » : influence et origine

07 oct 2011 - Pas de commentaire

Dans un article concernant le projet de loi sur une éventuelle taxe sur les sodas, le journaliste Maurice Barthélémy rapporte une expérience¹ parue dans une revue scientifique traitant de l’influence du marketing et de la publicité sur les préférences alimentaires des enfants. Les scientifiques cherchaient à démontrer l’influence d’une marque sur l’appréciation gustative des aliments. Pour cela, ils ont mis en place une expérience avec des enfants en maternelle de Californie sur la nourriture des restaurants McDonald’s. Ils devaient goûter et indiquer leurs préférences sur cinq paires d’échantillon de nourriture identique. Il y avait deux morceaux identiques de hamburgers, deux nuggets de poulet et deux sachets de frites. Tous les échantillons provenaient du fameux restaurant. Les chercheurs ont ajouté à cela deux verres de lait et deux portions de carottes, des aliments qui ne sont pas servis par McDonald’s aux États-Unis. La différence entre les deux portions est que l’une était estampillée du logo de la marque et l’autre non. Voici ce que donnent les résultats : le hamburger badgé Mc Do est statistiquement autant apprécié que l’autre sans marque, mais pour les autres échantillons c’est une victoire sans appel pour le géant du fast-food, même pour les carottes qui ne sont pourtant pas servies dans les restaurants. Je me rappelle avoir croisé plusieurs fois des gens me soutenant que le Coca-Cola était meilleur que le Pepsi et qu’ils pouvaient sentir la différence de goût à l’aveugle. J’ai toujours été assez perplexe devant cette affirmation. Je le suis davantage depuis que j’ai lu cette étude.

Très bien me diriez-vous. Mais quel est le rapport avec le design, sujet de ce blog ? Étant donné que la simple présence du logo McDonald’s produit une meilleure appréciation du goût des frites, on peut légitiment se poser la question similaire concernant le design. Le fait d’apposer le nom d’un designer reconnu ou d’une entité rattachée au design améliore-t-il la perception d’un objet ? Celui-ci apparaîtrait-il meilleur, plus beau, plus désirable ? En clair quelle est l’influence du « design by » revendiqué sur un produit ? La communication faite autour de « design by » ces derniers temps tend à valider l’hypothèse que l’influence est bien réelle.

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Utopie et cuisson

27 sept 2011 - Un commentaire

L’utopie ça réduit à la cuisson, c’est pourquoi il en faut énormément au départ.

À la lecture de cette phrase, tirée de « l’An 01 de Gébé »¹ (une bande dessinée parue dans les années 70), j’ai immédiatement pensé au design. Je faisais alors le rapprochement suivant qui revenait à le considérer comme une pratique pourvoyeur d’utopie. Je venais juste de terminer l’ouvrage de l’historienne Alexandra Midal : « Design, Introduction à  l’histoire d’une discipline »². Elle y consacre justement un chapitre sur l’utopie. J’y avais appris, ou plutôt redécouvert, que de nombreux précurseurs du design ont été motivés par des idées qui apparaissent avec le recul d’aujourd’hui comme des utopies. Par exemple, durant la deuxième moitié du XIXème siècle, Williams Morris prône le design comme une manière de lutter contre la société industrielle, perçue par ce dernier comme aliénante et déshumanisante. Morris entendait ainsi lutter à la fois contre les méthodes de production industrielles mais aussi contre la production en tant que telle, jugée comme « viles, inadmissibles et mauvaises »³ Pour cela, il cherchait à concilier objets de qualité et production artisanale. Dans les faits, Morris et son entreprise qui regroupait le design, la conception et la fabrication, ne purent se passer de la production industrielle. Un autre exemple : quelques décennies plus tard les fondateurs du Bauhaus étaient motivés par l’envie de démocratiser le design, la technologie et le confort en réconciliant l’art et l’industrie. Malheureusement, de leur époque les rares productions furent le plus souvent réservées à une élite fortunée. Enfin, un dernier exemple permet de montrer un tournant concernant le rapport entre l’utopie et le design. Il s’agit du stand « Futurama » de General Motors lors de l’Exposition Internationale de New York en 1939. Conçu et imaginé par Norman Bel Geddes, designer du Streamline, « Futurama » était un diorama sur ce que serait le futur dans un avenir proche. Les visiteurs y découvraient la maquette animée de la ville de demain, des prototypes d’automobiles, un appartement témoin, etc. Si Alexandra Midal qualifie ces exemples d’utopie c’est à juste titre : les motivations, quelles soient socialiste pour les deux premières ou technophile pour la dernière, n’ont jamais réellement abouti à ce que leurs auteurs espéraient.

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Le tuning, Obama et iTunes

19 sept 2011 - Pas de commentaire

Derrière ce curieux titre se cache en réalité une modeste tentative d’illustration « des facteurs de l’inflation de design », décrit par le critique d’art Hal Foster dans un texte intitulé « Design & Crime ». Selon Foster, ce problème d’inflation se répète : le titre même de son texte fait référence à un autre écrit que l’on doit à l’architecte Adolf Loos « Ornement et crime ». Ce dernier, en tant que moderniste, critiquait il y a un siècle la surabondance de la décoration induite par les productions de l’Art nouveau. De nos jours selon Foster, le problème est plutôt la surabondance du design puisque nous sommes « à une époque où l’esthétique et l’utilitarisme, loin d’être seulement confondus, se sont aussi subsumés sous le commercial – où chaque chose, des projets architecturaux aux expositions d’art, en passant par les gènes et les jeans, semble être considérée comme du design. » En ce sens, Foster identifie trois facteurs à cette « inflation de design ». Extraits :

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Le 24 octobre prochain se tiendra à l’École Supérieure d’Art et de Design de Reims le colloque de recherche « Autoproduction : Quand l’artiste ou le designer est producteur de son oeuvre ». Vous pouvez envoyer vos propositions d’articles jusqu’au 18 septembre (300 mots maximum, en français ou en anglais + une biographie de 100 mots maximum) à Patricia Ribault, responsable de la recherche (patricia[point]ribault[arobose]esad-reims.fr) :

Les 2ème Rencontres internationales de l’art et du design organisées par l’École Supérieure d’Art et de Design de Reims auront cette année pour thème l’Autoproduction. Mettant en cause des modèles de développement, de consommation et de représentation de l’industrie à grande échelle, de plus en plus de designers choisissent – ou sont contraints – de se (ré)approprier le territoire de la production. Diverses et variées, leurs démarches se posent comme des systèmes d’adaptation à la crise économique et industrielle de ces dernières années, aussi bien que comme des prises de positions éthiques, esthétiques et politiques. Ces rencontres seront l’occasion de circonscrire les enjeux théoriques et plastiques de l’autoproduction dans le contexte socioéconomique et culturel actuel.

Vous trouverez ici l’appel à contribution.

 

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Design pulp : conclusion

29 juin 2011 - Pas de commentaire

En introduction, j’expliquais que le design pulp rassemblait les objets marquants d’une époque. Ceux-ci usent de différents ressorts pour attirer l’attention et plus rarement pour certains, être commercialisés et vendus. J’ai dans l’ordre abordé la nostalgie, le décalage, la provocation et enfin le déterminisme technologique. Néanmoins, le design pulp ne s’arrête pas à ces attraits. Ils ne sont que les thèmes caractéristiques de leur époque et sont bien entendu susceptibles d’évoluer avec le temps. Un autre élément est que les projets de design pulp s’inscrivent dans une certaine contradiction : ils forment une grande partie de l’actualité du design, cette actualité tournée sur la forme et non sur le fond, tout en devenant rarement des projets tangibles. Quand bien même certains projets aboutissent, l’impact n’est que minime et n’a pas de prétention à être guère plus. Néanmoins, le design pulp n’est pas une pratique sans limite. Je ne cherche pas jouer les contradicteurs mais cette analyse m’a permis de soulever les limites qui lui sont propres. Les voici donc :

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Designer’s Days 2011

24 juin 2011 - Pas de commentaire

De passage à Paris la semaine dernière, voici quelques photos des expositions que j’ai eu l’occasion de visiter pour les Designer’s Days. Les plus curieux iront lire le compte-rendu sur la Revue du Design.

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L’exposition « Objet(s) du numérique »

20 juin 2011 - Pas de commentaire

Cela se passe au Lieu du design à Paris, du 18 mai au 23 juillet 2011. En attendant, voici quelques photos :

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Design pulp : le air design

13 juin 2011 - Pas de commentaire

Dans ce que je j’inclus dans le design pulp, le air design est le seul à ne pas être basé sur des inclinaisons essentiellement symboliques. Les trois catégories précédentes revenaient à appliquer un symbole sur un objet de design. Par nostalgie, la brique de Lego devient une table basse ; par ringardise, le trophée de chasse se transforme en luminaire ; enfin par provocation, la croix latine se mue en brosse. La différence notable concernant le air design est sa propension à considérer les avancées scientifiques ou la technologie sous une forme spéculative. Une connaissance hypothétique de leurs capacités suffit le plus souvent pour rendre crédible un tel projet de design. En outre, cette crédibilité me semble fortement renforcée par l’infographie 3D, qui par un rendu léché tend à rendre le projet plus que réel.
De fait, on trouve régulièrement associé au air design le terme de « concept ». Une utilisation qui m’apparaît assez galvaudée. Derrière le mot « concept », il faut simplement entendre « idée de design » ou simplement une idée jugée nouvelle. Néanmoins, le concept suggère davantage un travail intellectuel comme le sont les concepts en art, en philosophie ou dans les sciences humaines et sociales. Dans l’absolu, le concept permet avant tout de générer de nouvelles idées et offrent une nouvelle manière d’aborder une situation, un fait ou une problématique. Pour autant, je ne sous-entends pas que le design n’est pas en mesure de sous-tendre un concept. Certains designers, par la force de leurs propositions, le font très bien. Mais le air design a cette particularité de faire passer des idées découlant de spéculations scientifiques comme des « concepts » alors qu’elles n’en sont qu’une hasardeuse résultante. En lire plus

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Design pulp : la provocation

06 juin 2011 - Un commentaire

La nostalgie comme ressort du design pulp se résumait à réinterpréter des éléments culturels des décennies passées, à l’image de la brique Lego dont les qualités fonctionnelles et esthétiques sont déclinées en de multiples objets. De son côté, la ringardise comme ressort jouait sur la mise en scène d’un décalage axée sur le style et le goût, comme le fait de tourner en dérision le port de la moustache. En somme, il s’agissait d’une provocation légère qui ne marquait pas réellement d’engagement particulier. C’est pour cette raison que j’insistais avant tout sur le côté ringard de la chose, prévalant selon moi largement sur le côté revendicatif et provocateur.
Néanmoins, la provocation peut à elle seule être un ressort de design pulp, surtout lorsque celle-ci lorgne sur des sujets bien moins inoffensifs. Le changement est alors de deux ordres. D’un part, là où la ringardise cherche l’adhésion par l’humour, la provocation recherche l’adhésion par des valeurs communes et moralement acceptées par tous. Ce peut être par exemple le rejet du racisme ou le rejet de la violence. D’autre part, la provocation peut tout aussi bien rechercher l’effet inverse en abordant des sujets ouvertement conflictuels. En corolaire, la spécificité de la provocation dans le design pulp se fait avant tout sur les thèmes abordés : que cela traite de religion, de politique, de violence ou de sexe, il y a toujours moyen d’être unanimement d’accord ou de polémiquer. En outre, la provocation comme ressort fonctionne comme la ringardise dans la mesure où il s’agit parfois de la mise en scène détournée d’un symbole suffisamment évocateur. Néanmoins, le symbole peut également se suffire à lui-même, se passant ainsi d’une quelconque mise en scène. Voyons quelques exemples avec la religion et la croix latine.

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